Indignés, nous le sommes tous
L’installation près de Wall Street d’un campement de jeunes étudiants pour protester contre les méfaits d’une finance hypertrophiée sur l’économie réelle doit nous interpeller.
Ce mouvement s’élargit et gagne plusieurs capitales financières, alimenté par le désarroi d’étudiants endettés du montant de leurs bourses d’études et ne trouvant pas d’emplois, face à un monde de bonus considérables distribués par des entités grandement responsables de la crise actuelle.
Indignés, nous le sommes tous, peu à peu, devant des dérives incontrôlées ahurissantes mettant la santé de nos économies en danger. La crise sociale n’est pas loin quand la jeunesse est sans avenir dans un environnement où seuls quelques-uns sont privilégiés.
L'Union de l’absurde
Indignés, nous le sommes devant la cacophonie politique européenne de leaders sans vision, tous en mal de réélection. Ne rien faire qui puisse endommager sa base électorale quelque soit le bienfondé des décisions à prendre. L’hydre européenne à 27 têtes nous a même gratifiés des caprices de la Finlande ou de la Slovaquie. Union de l’absurde qu’est ce faux géant paralysé à la moindre prise de décision.
Indignés devant l’incompétence des fonctionnaires de Bruxelles qui ont laissé la dérive grecque s’installer sans réagir, mais en continuant bien au contraire d’arroser de subventions des exploitations fantômes.
Indignés devant le happening politique aux USA
Avec un président en mal de réélection lui aussi voulant relancer à coups de déficits supplémentaires un trou budgétaire de près de 10% et une opposition républicaine majoritaire opposée dogmatiquement à toute hausse d’impôts. Dieu a parlé aux républicains pour interdire toute réforme d’une fiscalité tellement laxiste que la tête du président de la Fed est demandée pour hérésie quant à ses déclarations sur la nécessaire contribution de la fiscalité pour diminuer le déficit. L’élection du Nominee républicain est d’ailleurs soumise à un choix entre un mormon et un évangéliste, plutôt qu’à des programmes pragmatiques de redressement de la dette galopante du trésor américain.
L’affaire Kerviel, bis
Indignés de voir que deux ou trois ans après l’affaire Kerviel, un jeune trader de 4 ans d’expérience peut engager plus de 10 milliards de francs suisses sur de fausses couvertures d’ETF pour aboutir à une perte de plus de deux milliards de francs pour l’UBS si fière de ses contrôles. Gare aux ETFs !
Les banques et la dette grecque
Indignés enfin également que deux belles banques additionnées, le Crédit Local de France et le Crédit Local de Belgique, puissent, par l’incompétence et la mégalomanie de leurs anciens dirigeants, se transformer quasiment en Crédit Local de Grèce avec vingt milliards d’obligations grecques en portefeuille. Comment a-t-on pu, à partir de deux banques spécialisées, créer une banque tous azimuts dans de nouveaux métiers et sans clients ? Et, cerise sur le gâteau, se lancer dans la création de produits dérivés pour les municipalités amenant des villes à la faillite avec des taux d’intérêt de plus de 20%… grâce à des «produits». Incompréhensible.
Tant que la crise bancaire n’aura pas été résolue, la confiance restera chaotique.
Face à ce roller-coaster financier, la confiance s’évanouit peu à peu, et les grandes économies marquent le pas. Les économies émergentes ralentissent également, victimes de l’anémie de leurs principaux clients et des mesures de lutte contre l’inflation dans leurs marchés domestiques.
Pourtant, il est difficile de voir une récession classique s’enclencher aux États-Unis. Peu d’excès dans l’économie. Le consommateur prudent a reconstitué de l’épargne, la construction représente désormais un pourcentage infime de l’économie, incompressible (3% contre 10% en règle générale). L’investissement est très ralenti. En Europe également, dans des économies largement administrées, les mêmes observations s’appliquent. Difficile donc de voir de sévères récessions s’enclencher à moins d’un effondrement de la confiance. Nous sommes donc suspendus aux rumeurs, aux déclarations contradictoires de ministres, de présidents élus, de présidents de banques, et de gourous avisés tels Soros ou Roubini. Tant que la crise bancaire n’aura pas été résolue, la confiance restera chaotique.
Nous recommandions début septembre de rester ancrés sur l’or et sur de grandes sociétés internationales à forts dividendes pour passer la crise. Ceci demeure toujours d’actualité. Pour ceux qui recherchent du rendement, les obligations décotées des meilleures compagnies d’assurances européennes offrent maintenant une rémunération confortable.
Le Canada, une exception?
Retour d’un voyage au Canada où nous avons été heureusement surpris par un pays en bonne santé économique, avec un plein emploi, nécessitant une augmentation de l’immigration, une faible inflation, une monnaie forte, un marché immobilier prospère …
Un îlot de prospérité dans un monde en désarroi. Pourquoi ?
La réponse est simple. La charte bancaire canadienne, tout comme l’australienne, issue de la britannique, prohibe tout engagement hors bilans ou création de véhicules de financement externes au bilan de banques.
Les grandes banques canadiennes ont gardé leur AA, le pays est prospère, un rêve.
P. Segal, octobre 2011