Nous écrivions dans « Tendances » le 15 octobre 1996 « L’alchimie de l’eurofort : 2,9%
La création de la monnaie unique en Europe étant saisie par tous les gouvernements du marché commun comme la panacée pour sortir de la crise et de la stagnation économique, on est stupéfait en cette fin d’année par le résultat unique des budgets soumis aux votes des divers parlements. Pour arriver à un déficit de 2,9% du Produit National Brut, tous les gouvernements rivalisent d’ingéniosité dans la création comptable. Les ventes d’actifs des états sont traitées comme des recettes récurrentes, le taux de progression des économies bravement envisagé à +2,5% alors même que la récession s’installe dans plusieurs pays. Les leitmotive des dirigeants sont les mêmes partout : monnaie forte et lutte contre l’inflation. De réformes de structure, on n’entend point parler, sauf en Allemagne. Même l’Italie et l’Espagne dont les économies viennent de subir un sérieux ralentissement emboîtent le pas de la vertu européenne. Pourtant, il n’est pas besoin d’être un grand clerc pour parier que les déficits 97 même maquillés seront du même ordre que ceux de 96. Les recettes fiscales sont mauvaises et démontrent que la demande a tendance à s’affaiblir.
En Suisse où la sixième baisse trimestrielle du PNB souligne la récession, la BNS a baissé les taux au minimum possible et injecté puissamment des liquidités dans l’économie pour faire baisser le franc suisse, surévalué par rapport à toutes les monnaies. Les déficits fédéraux, cantonaux et municipaux continuent à cumuler des sommes considérables alors que la situation du chômage s’aggrave.
En France, le gouvernement Juppé tenant droit son cap estime que la reprise en 97 viendra couronner sa politique pour les élections de 98. Les électeurs sont pourtant lassés d’attendre la terre promise dont le mirage est agité chaque fois pour le semestre à venir. La consommation est artificiellement gonflée par les ventes de voiture avec réductions. Le chômage augmente et de nouveaux plans de licenciement sont à redouter.
Raymond Barre déclarait que la situation en Europe ne s’améliorerait sur le front du chômage que le jour où il serait moins rentable de rester chez soi que d’aller travailler au SMIG. Le courage politique n’est pas là pour mettre ce genre d’idée en œuvre.
Seule l’Allemagne a entrepris des réformes de structure courageuses même si elles sont partielles. La surprise pour l’Europe pourrait venir uniquement de la locomotive germanique conjuguée avec la reprise anglaise pour autant que les exportations de biens d’investissement restent fortes. »
Allemagne
Le mois de septembre 2011 sera crucial pour l’Europe. L’Allemagne doit faire face à ses responsabilités. Choyée par l’Europe, sera-t-elle, pour des raisons de basse politique intérieure, amenée à faire capoter la cohésion babélienne européenne. Le 7 septembre, la cour suprême doit juger la constitutionnalité des fonds de soutien européen et le 23, les chambres parlementaires se prononceront sur le fonds de soutien européen de financement. Sans vote positif, nous devrons faire face à une crise financière sans précédent.
Avec l’accord de l’Allemagne, nous nous orienterons vers quelques années de stagnation économique durant lesquelles les budgets nationaux devront être remis à plat. Toutes les élections de 2012 pourront sortir des urnes n’importe quel gouvernement, la voie économique sera très étroite. La confiance, essentielle pour retrouver la croissance de la consommation, reviendra progressivement dès lors que les compressions de dépenses publiques et les hausses d’impôts montreront la voie du retour à l’équilibre budgétaire et la fin de la politique d’endettement à tout prix. Les gouvernements européens ont déjà montré courageusement la voie de la vertu. L’optimisme à moyen terme sur l’Europe peut venir de ce que les gouvernements européens ont compris le message de bon sens des marchés.
Etats-Unis
Nous écrivions en 2009 que si les États avaient sauvé les banques, ils étaient désormais en première ligne. Ils le sont. Tout capotage d’un état d’importance provoquerait la faillite en domino du système bancaire. Notre angoisse vient alors plutôt des États-Unis. Le violent conflit entre les ayatollahs du Tea Party et les démocrates nous annonçant, à moins d’une crise très violente, un gel total de la fiscalité d’ici 2013.
A raison de 10% de déficit annuel du PNB, 2 ans signifient un endettement des USA supérieur au PNB. Que les 100 premiers milliardaires de Manhattan paient en moyenne 7% d’impôts tandis qu’un cadre gagnant USD 250'000,00 en paie 25%… Que la plupart des grandes sociétés américaines ne payent pas d’impôts, reçoivent même des subventions ou des crédits d’impôt… Si Google rachète Motorola phone, ne recevra-t-elle pas USD 700 millions de crédit d’impôts pendant plusieurs années ? Dans une société où l’on veut supprimer les subventions aux chômeurs et surtaxer la classe moyenne, que peut espérer le Tea Party sinon une explosion sociale. Dans Las Vegas, ancienne ville star des jeux, des casinos, de l’immobilier, les lignes d’attente pour la soupe populaire montrent la fin d’un système devenu fou. Si les États-Unis continuent pendant deux ans à déflater la consommation par des coupes sombres dans les subventions et geler les impôts à taux zéro pour les plus riches, une récession brutale arrivera d’évidence accompagnée d’une explosion sociale.
Les États-Unis ne peuvent supporter un chômage de longue durée supérieur à 10% tandis que les grandes sociétés distribuent des bonus à tous les présidents supérieurs à leurs maigres impôts sociaux. Les centaines de milliards de dollars détenus à l’étranger par les sociétés américaines pour ne pas être taxés rééquilibreraient aisément les finances américaines ! Entendre le prêche de Michele Bachmann, choisie par Dieu, dont la clinique était pourtant subventionnée par l’État, rappelle des échos d’avant-guerre. La fiscalité, disparue sous les coups de boutoir des lawyers d’optimisation fiscale et des lobbies de Washington, doit urgemment être restaurée aux États-Unis et également en Europe. Sinon, nous allons vers un effondrement de toutes les monnaies et une explosion du prix de l’or.
Une dose de bons sens et de professionnalisme de nos politiques rétablirait rapidement ce minimum de confiance évanouie. Malheureusement, la proximité des élections peut rendre fou.
Suisse
La Suisse est devenue également une importante source de déséquilibre. Les fausses manœuvres de la BNS ont entraîné une spéculation mondiale d’ampleur inégalée. Le franc suisse subit des variations aussi violentes que le sucre, le cacao ou les carcasses de porc. Surévalué de 30% par cette vague d’agioteurs, le franc envoie l’économie suisse par le fonds. L’industrie des machines-outils, du tourisme, de la banque et l’agriculture rentrent dans une crise aiguë dont les conséquences vont être dramatiques vers la fin de l’année pour un pays qui envoie 75% de ses exportations vers la CEE. La baisse du dollar contre franc est également dévastatrice. Baisse des salaires, paiement en euros des frontaliers, chacun y va de sa solution. La seule solution efficace consisterait en une action radicale sur le marché pour établir un peg à 1,30 avec l’euro, avec tous les risques que comporterait une telle opération. Si la situation perdure, l’économie suisse sera en récession avant la fin de l’année et le chômage va connaître une importante augmentation.
Les Traders orphelins
Les marchés restent volatils, 60% des transactions étant dues à des balancements d’indices, d’options, d’ETF, de High Frequency Trading… La finance virtuelle souffre cruellement de l’absence de la masse des investisseurs qui refusent désormais de se laisser tondre. La baisse du mois d’août, l’une des plus violentes depuis 1950, démontre l’absurdité d’un milieu financier hypertrophié, sans vertu économique fondamentale, dont les lobbies anglo-saxons empêchent le démantèlement en finançant les campagnes électorales de personnes politiques en angoisse de réélection. Dans ces conditions, l’or reste fondamental dans les patrimoines ainsi que la détention de sociétés internationales bien gérées et à fort dividende. Le mois de septembre passé, on pourra alors réfléchir à 2012.
P.S. Glencore a chuté de 30% depuis son introduction au plus haut. Paulson a connu un mois désastreux et baisse de plus de 30% depuis le début de l’année. Même les meilleurs professionnels sont décimés par la volatilité infernale des marchés. Le crédit du groupe Bankia octroyé au Real de Madrid pour l’acquisition de Kaka et de Ronaldo serait apporté à la Banque Centrale Européenne pour avancer des liquidités au groupe bancaire. En cas de saisie, le gouverneur Trichet se retrouverait-il arrière central du Real de Madrid ?
Bonne rentrée !